J'ai fort heureusement, si ce n'est une longue et assidue pratique du bon sens populaire, un regard récurrent et de circonstance sur la notion.

Adhérer sans trop rechigner au vêtement technique quand l'autochtone, à force de m'effrayer du dantesque de la nature hivernale en Zone Edge Non Dégroupée, passionner le propos matinal météorologique du café du burlingue, celui-là même que l'on raille en toutes urbaines circonstances, et, décidément, s'enivrer de la narration des us pour ne pas être saouler de la sédentarisation des existences ici là en Zone Edge Non Dégroupée.

Conclure sur l'inopérabilité du bon sens populaire en Zone 3G++ mais retenir que MÊME le confort intellectuel octroyé par le bon sens populaire ici, là, en Zone Edge Non Dégroupée ne saurait totalement alimenter les flux de ma santé mentale.

Aussi, convenons que, autant dans un spasme devenu soubresaut et enfin rythme - car gardons nous de croire en un quelconque jugement critique de nos arbitrages consuméristes - je dû à un moment finalement pas si critique, orienter mes efforts dans la recherche azimutée car préalablement désespérée - j'ouvre et conclue ici ma thèse de patapsychologie, le désespoir conduit l'individu occidental assumé à la démence, au contraire de l'individu occidental altiermondiste qui lui pourrait devenir un éco-terroriste s'il détenait autant de couilles que de verbage mais se contentera de rallier le camp des moralistes de dîner, et encore, quant au véritable individu tiers-mondé, le même désespoir lui autorise toutes les folies dont nous nous sommes affranchis, comme faire 30 kilomètres de steppe pour ramener cinq galons d'eau non potable ou balancer précisément un missile stinger et remballer la marchandise en moins de temps qu'il n'en faut au pilote de l'Air Force Tim Cooper pour étreindre, une ultime fois, sa cap dédicacée par Joe DiMaggio et acquise sur Ebay, à l'issue d'une exaltante enchère conclue à 6578 bucks - recherche absurde donc des points d'entrée culturels, droits fondamentaux de ce côté ci de l'Atlantique comme de la Méditerranée.

L'accoutumance aux nourritures de l'esprit était telle que l'insupportable ne pouvait que survenir, très rapidement après les débuts de ma quête.

Impossible donc de rater l'échanson culturel, incarné dans cet énorme enseigne faite de polymères et de métaux de peu de qualité, logo j'écris ton nom, U, cet écho quasi-séculaire serine dans ma tronche ton slogan, les nouveaux commerçants.

C'est à dire qu'une fois esquivés les rares lieux de diffusion culturelle consommable, deux librairies, je me trouve donc dans une position de semi-excitation à l'idée de plonger corps mais sans âme à la mare nostrome locale.

Je me dois de préciser que, si les deux lieux évités ne me signifiaient pas grand intérêt, ils existent bel et bien et assument pleinement leur fonction en Zone Edge Non Dégroupée.

La devanture de la première des deux officines propose un tableau pour le moins étrange. S'entremêlent ouvrages généralistes sur l'écologie raisonnable en milieu rural, polars indignes d'une gare ne serait-ce que par leur format table de chevet, paroles de politiciens dont la fonction ne repose ni sur la diffusion d'idées ni sur la critique d'autres idées mais rappellent juste le faciès des éligibles à quelques mois d'échéances rituelles démocratiques. Mais encore un éventail de plumes et stylos catégorisés plaisir d'offrir joie de recevoir, porcelaines circulaires délicatement décorées d'une couleur bleu majorelle représentant dans un motif involontairement quasi-abstrait les trois merdouilles en vieille pierre du coin, le tout dans agencé dans un dispositif guère innocent à en juger par les stigmates de poussière qui délimitent les différents thèmes de la vitrine.

La seconde officine s'apprécie dans un espace plus restreint conséquemment précis. Pas d'arnaque sur la cam', ici on parle du cru, on vend du cru et on vote cru. Géographie, géologie, hydrographie, histoire des paysans, des notables, des résistants, des curés, le spectre infini et pourtant complet de la Racine. On n'est pas là pour rigoler, maîtres chez Nous. Phénomène transposable à n'importe quel patelin français, contrepoids régionaliste instinctif répondant à l'arrogance internationaliste auto-contemplative de trentenaires urbains voyageant sur des lignes aériennes sud-américaines ou sous-continentales.

Je me dirige donc, au volant de mon véhicule 85 DCi acquis pour partie à crédit à un taux défiant toute concurrence, vers le phare culturel que j'indiquais il y a déjà quelques lignes de cela.



L'intention de ce type de lieu est louable. Le bon sens populaire trouve là sa justification dans l'expression intégrale des économies d'échelle. On regroupe un maximum des catégories de biens de consommation ici, transformant les achats usuels en un hadj familial sans aucune intention salafiste ne serait-ce que par l'absence ultime et probablement définitive de mixité ethnique en Zone Edge Non Dégroupée.

Je gare mon véhicule 85 DCi acquis pour partie à crédit à un taux défiant toute concurrence au pied des contreforts du Babylone.

La première impression est un désavoeux de mes propres convictions. J'ai commis l'erreur, entretenue par les rêves d'émancipation adulescente comme par un discours alarmiste savamment entretenu dans l'Opinion, de considérer les Zones Edge Non Dégroupées comme des lieux à la sève tarie. A en juger par la structure des foyers qui cheminent dans les allées du temple, un mari, une femme, deux souvent trois rejetons, je revois ma copie et considère que la désertification rurale a vécu, qu'elle s'est effacée devant les colonnes de réfugiés urbains cherchant cette meilleure fortune de la qualité de vie, prix du mètre carré inférieur à 1700 euros, espaces verts inviolés par JCDecaux, places en crèches disponibles sur réservation seulement 3 mois avant et produits du terroir sans OGM. Malthus s'est absenté sans laisser d'adresse.

Je note l'intelligence commerciale des investisseurs locaux qui proposent sur plusieurs hectares l'équipement réglementaire des jeunes familles, mais aussi des familles nombreuses, et des vieux délaissés du bal des célibataires (non, il n'y a pourtant pas de surface commerciale dédiée au sexe, la veuve poignet, elle, ne s'est pas absentée).

Et vient ainsi l'entrée du recours intellectuel. Une autre surface consacrée à la Culture. Dans ma tête, l'objectif secondairement principal de l'endroit est a minima d'entretenir le nivelement culturel de tous les français de France, y compris les français de France en Zone Edge Non Dégroupée.

Bon, les expériences précédentes m'ont immunisé contre les désillusions et ce fourbi qui n'en n'est pas un me contente dans un premier temps. Sur la gauche, un exhaustif rayon de radio-réveil dernier cri, fonction MP3, modulation de l'intensité lumineuse pour des réveils pas trop chagrins. Dans l'enfilade, la gamme mediane des écrans plats, parce que n'oublions pas qu'il y a une Copa del Mundo qui s'annonce, que la Patrie y combattra et qu'elle tombera avec son panache tout républicain.

Rayon culture, j'ai quand même quelques doutes. Des écrans plats, des réveils, des consoles de jeux livrées avec un seul pad, que faire de ses week-end pluvieux ?

Au centre du fourbi négligemment codifié, la rame littéraire. Têtes de gondole imposantes et rationnelles. Le citoyen en Zone Edge Non Dégroupée a certes opéré une reconquête de son temps en migrant de la ville mais il doit pourtant s'atteler à domestiquer perpétuellement cette Nature chérie quand, par les matins de novembre, l'oreille collée à la vitre de la ligne 13, direction la Fourche, entre 7h45 et 8h24, le rêve de l'accessit à la propriété s'estompait dans l'anonymat des passagers sans visage.%%

Il pense alors à son animal domestique qu'il doit sortir chasser et à ses animaux de rente qu'il devra bien équarrir quand le prix du litre de lait subventionné plongera encore en dépit d'une offre infiniment renouvelée de desserts lactés saveur crême brûlée vanille de Madagascar.

La tête de gondole est donc son précieux sésame pour maintenir le flux de son intellect. Blanc cassé barrés de rouge, les principaux prix littéraires sont exposés, comme des artefacts intelligents qui figureront idéalement dans une rustique mais épurée bibliothèque familiale. N'Diaye, Beigbeder évidemment, le Femina, le Medicis, l'InterAllié, vous reprendrez bien un Renaudot ?

Puis s'étire sur une dizaine de mètres l'intégrale des Corben, Connely et autre King droits sortis des manufactures anglo-saxonnes, lignée conclue par un pan complet d'ersatz de Cartland.




Non seulement l'offre initiale ne me satisfait pas, mais la laideur de la proposition des commerciaux du lieu castre la moindre de mes ambitions.

Le rayon presse, cinq mètres de bagnoles, motos vertes, cul et people, double dimension du précédent, finit le boulot, je suis achevé, conforté dans mes convictions snobes, confinés dans l'espace fracturé de la Zone Edge Non Dégroupée. La prescription existe. Mais elle est dictée et par l'appréhension culturelle d'une direction commerciale retranchée dans une tour de la Défense, et par la démarche des citoyens de la Zone Edge Non Dégroupée qui ont étendu leur retour aux valeurs Saines de la Simplicité Rurale à l'ingestion contrainte mais goulue du confort culturel. Gloria au bon sens qui fait des citoyens cohérents, au diable l'aventure dévergondée culturelle. Soyons raisonnables jusque dans nos plus simples plaisirs.